Sous le pseudo de Léo se cache un ex-professeur de français, pré-pensionné depuis peu.

Lire a été pour lui une agréable obligation professionnelle mais aussi un loisir délectable, une passion !

A présent qu'il a du temps devant lui, il souhaite partager ses plaisirs de lecteur, ses coups de cœur, ses avis personnels, ses comptes-rendus de lecture... sans prétention aucune!

Simplement partager... et quel meilleur lieu que la bibliothèque communale , une librairie et un blog pour y déposer les quelques« fiches » qu'il a rédigées ?




lundi 20 septembre 2010

Pieter ASPE et « les enquêtes du commissaire Van In »

(article paru dans la revue "Septentrion", arts, lettres et culture de Flandre et des Pays-bas, magazine flamando-néerlandais, n° 3, 2010

Pierre Aspeslag de son vrai nom, né en 1953, a été surnommé le « Simenon flamand » par d'aucuns. Comme l'auteur d'origine liégeoise, Aspe est belge et les enquêtes de son « Maigret » flamand, le commissaire Pieter Van In, se déroulent, elles, dans le vieux Bruges et ses environs. En 1993, après avoir pratiqué un certain nombre de petits boulots, Aspe est concierge à la chapelle du Saint-Sang à Bruges et c'est là qu'il jette sur le papier les premiers mots du « Carré de la vengeance » - première enquête du Commissaire Van In - qui sera éditée en 1995 aux Editions Manteau à Anvers. En 2001, il reçoit enfin le « Prix Hercule Poirot » pour « Zoenoffer » (« Victime expiatoire »). Aspe en est maintenant à sa 24ème enquête et s'il connaît un succès et une notoriété certaine chez les néer­landophones, il se fait aussi un nom chez les francophones depuis 2008 grâce aux Editions Albin Michel et à ses traductrices Emmanuèle Sandron et Marie Belina Podgaetsky. Gageons que sa carrière francophone n'en est qu'à ses débuts...
A l'heure actuelle, l'éditeur parisien a fait paraître les cinq premières enquêtes du commissaire Van In dans sa collection « Carré Jaune » : « Le carré de la vengeance » (2008); « Chaos sur Bruges » (2008); « Les masques de la nuit » (2009); « La quatrième forme de Satan » (2009) « Le collec­tionneur d'armes » (2009) "De sang royal (2010). L'effet « série » et la parution, depuis quelques mois, des premiers tomes en livre de poche garantissent une présence constante de Pieter Aspe en librairie, pour le plus grand bonheur de ses lecteurs, de plus en plus nombreux, tant en Belgique qu'en France.
Le personnage principal, le commissaire Van in, est un flic un peu bourru, brouillon, buté, caustique et sarcastique, atypique, désabusé, invétéré fumeur et buveur de Duvel pour rincer ses déceptions professionnelles et privées, étranglé par les dettes mais capable d'amitié, d'humour et de tendresse... bref, un personnage haut en couleur et pas toujours politiquement correct qui peut parfois exaspérer le lecteur quand il lance à tout bout de champ son juron favori « Benson im Himmel » (explication donnée dans « Chaos sur Bruges », p.225) - heureusement ce satané juron se fera de plus en plus rare au fil des enquêtes. Mais Van In n'est pas seul : il peut compter sur son fidèle collaborateur, ami et complice Versavel, un flic gay rusé et cultivé qui sait lui remonter le moral et surtout sur « madame le sub­stitut » du procureur du Roi Hannelore Martens, le cerveau d'Einstein dans un corps de mannequin. Hannelore sera d'ailleurs l'amie, l'amante, la compagne de Pieter et la mère de ses jumeaux. Au fil des récits, Van In devient de plus en plus sympathique et humain au point que l'on finit par s'attacher réellement au personnage.
A travers les enquêtes de Van In pas toujours faciles à comprendre – nous sommes en Belgique – on rencontre l'embrouillamini des rouages de l'administration, les magouilles politiques et financières, les collusions dans la « haute », la corruption... mais aussi la drogue, les ballets roses, la prostitu­tion, les bordels pour VIP, le satanisme, les politiciens ripoux et véreux, le trafic d'armes, le blanchi­ment d'argent, la mafia russe, le vandalisme... tant d'ingrédients qui font monter la sauce.
Pas vraiment novateur dans le style polar, Aspe nous permet néanmoins d'entrer dans son monde grâce à son art du dialogue, à ses personnages bien typés, à son humour décalé et à ce subtil mélange de vie professionnelle et privée, dans une Bruges où les francophones retrouvent leur belgitude et les Français un exotisme si proche... Van In est à Aspe ce que Brunetti est à Donna Leon, Adamsberg à Vargas, Wallander à Mankell, John Rebus à Rankin, Flea Marley à Hayder... ce que Maigret est à Simenon... bref, des flics qui gagnent notre sympathie parce qu'ils restent humains!
Pour conclure, je ne peux m'empêcher de citer ce bonheur de lecteur. Dans le 3ème tome de l'Arcamonde : "Le coeur-de-gloire" d'Hervé Picart (Ed. Le castor astral), l'antiquaire Frans Bogaert, personnage principal des enquêtes, rencontre comme par hasard ... le commissaire Van In à la terrasse du Keizer Karel en train de boire sa Duvel tandis que Frans sirote une Westmaele en compagnie d'une jolie femme. On a même droit au "Benson in Himmel !". (p.97, 98) La consécration !
JL Léonard

BERGEN, David, Loin du monde, Albin Michel, Terres d'Amérique, 2010

Nous sommes en 1973 dans la campagne canadienne. Lizzy Byrd a 17 ans. Elle, ses parents et ses trois frères vont passer l'été au « Refuge », espèce de communauté spirituelle pseudo thérapeutique, dans laquelle Norma, la mère, devrait sortir de sa déprime chronique. Ce ne sont pas vraiment des vacances pour personne! Lizzy rencontre Raymond Seymour, une indien ogibwé de 19 ans dont elle s'amourache... gentiment ! Pas vraiment une passion, mais cette relation entre une Blanche et un Indien dérange voisins et flics. C'est pour Lizzy le passage de l'adolescence à l'âge adulte où elle doit se substituer à de vrais adultes désabusés et complètement irresponsables. Il n'y a pas vraiment d'intrigue et rien de vraiment palpitant : c'est juste la fin d'une innocence, celle de Lizzie, racontée avec pudeur par un auteur trop distant de ses personnages qui se contente de suggérer sans jamais s'impliquer.

lundi 13 septembre 2010

GAUDÉ, Laurent, Ouragan, Actes Sud, 2010

(Roman cité dans le top de la rentrée littéraire 2010.)
Rappelez-vous, l'ouragan « Katrina », 2005, la Nouvelle Orléans, le Mississipi, les bayous, l'évacuation, les inondations, les digues qui cèdent... On suivait les infos à l'époque. Certains sont restés : les noirs, les laissés-pour-compte qui tenteront de s'en sortir, de survivre... ! Il y a Joséphine Linc Steelson qui répète comme une mélopée qu'elle est une négresse noire presque centenaire, un roc indestructible. Il y a un prêtre qui doute, un homme brisé, une mère célibataire, des prisonniers évadés, un négrillon... et c'est comme une caméra qui filme les uns et les autres, comme pour un reportage, ces gens qui n'ont pas voulu, pu, su échapper aux conséquences du cyclone.
Des phrases courtes, un style saccadé, des personnages auxquels on ne s'attache pas ou desquels on se détache au fur et à mesure du récit. Je m'attendais à un ouragan, mais ce n'était que du vent. Moins de deux cents pages qui m'ont paru longues, mais longues... ! Ce n'est que mon avis... peut- être l'avenir criera au prodige, au chef-d'oeuvre ... ! On n'est pas le Goncourt chaque année ! Moi, j'ai terminé ma lecture en diagonale !

jeudi 9 septembre 2010

MÁNI, Stefàn, Noir Océan, Gallimard, Série noire, 2010

(traduit de l'islandais)

Avec « Noir Océan », on plonge dans un thriller maritime au long cours, on tangue durant presque 500 pages dans des vagues de rebondissements : tempête dehors, tempête à bord. Neuf hommes dans l'espace confiné de ce cargo. Huis clos en plein atlantique déchaîné : certains ont des comptes à régler ou à rendre, d'autres ont les mains sales ou le cœur à la dérive.
Si le cargo essuie une mer agitée, le hurlement des vents et une houle tempétueuse aux vagues déferlantes; à l'intérieur on sent l'odeur du mazout, le fracas des machines mêlé à celui du vent mais on ressent surtout en son sein un relent de mutinerie et de sabotage. Que vont faire les neuf marins sans GPS, sans radar, sans radio dans cet océan hostile. Le récit est noir tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, il n'y a aucune lueur d'espoir... même pas à la dernière page.
Captivant et original, c'est un roman très viril dont on débarque avec soulagement tant l'atmosphère est oppressante!

vendredi 3 septembre 2010

GRENVILLE, Kate, Le fleuve secret, Métailié, 2010

Coup de cœur de Léo.
Né pauvre à Londres, William Thornill, après une enfance digne des romans de Dickens, devient batelier sur la Tamise et épouse la jolie et agréable Sal. Pris la main dans le sac lors d'une tentative de vol de bois exotique, Will est condamné à la pendaison. Grâce à l'acharnement de son épouse Sal, sa peine est commuée en détention à perpétuité aux Nouvelles-Galles du sud (Australie, Sydney). Sal et leur fils font partie du voyage. Redevenant un homme libre après cinq ans, il va s'installer au bord du fleuve au milieu de la forêt sauvage. Arrive alors la confrontation de deux mondes diamétralement opposés : celui du colon qui s'approprie légalement une terre sauvage pour l'exploiter en famille et celui de l'aborigène qui se sent spolié d'une partie de sa terre et de celle de ses ancêtres. Will et Sal sont des personnages forts, tenaces, attachants, qui se soutiennent dans toutes leurs épreuves. Le ton est juste, la tension narrative est constante et soutenue avec des passages très durs auxquels le lecteur ne peut pas rester insensible. De plus, l'auteure ne juge ni les personnages ni les actes des uns et des autres; elle laisse ce soin aux lecteurs et il y a là matière à réflexion sur le thème de la colonisation.